“Ils sont nés comme ça“. Une sociologie des croyances en l’inné dans des familles d’enfants jumeaux | ROUSSEAU Mathis
Thèse soutenue par
-
Mathis ROUSSEAU
Doctorant en Sociologie
Laboratoire : Centre nantais de sociologie (CENS), Nantes Université
(début de thèse : Novembre 2023)
Sous la direction de :
- M. Romuald BODIN (Nantes Université)
Résumé
Titre : “Ils sont nés comme ça“. Une sociologie des croyances en l’inné dans des familles d’enfants jumeaux
En France, les sciences sociales se sont assez peu intéressées aux liens fraternels et à leur fonctionnement (BUISSON, 2003) et a fortiori lorsqu'on parle de relations gémellaires (DARMON, 2001). Entourée de mythes et de croyances, la gémellité, comme objet de recherche et comme phénomène social, est marquée par des approches biologisantes et psychologisantes non sans effets sur la socialisation des enfants jumeaux et le fonctionnement des familles concernées. Au contraire, ces familles constituent un terrain particulièrement heuristique notamment pour saisir le recours à des pratiques et des représentations innéistes, c'est-à-dire renvoyant à un "déjà-là" à la naissance, et comprises comme des moyens d'appréhender et de régler ce phénomène pour les parents et les enfants. Le recours à l’inné ferait partie de ces instruments symboliques de justification des transmissions intergénérationnelles de biens, autant symboliques (culturels, relationnels, affectifs) que matériels (économiques, mobiliers ou immobiliers), et de répartition de ces biens au sein de la famille. Cependant, la sociologie a longtemps et encore aujourd’hui mis à distance ces explications innéistes des stratégies de reproductions familiales, en leur préférant les explications en termes d’héritages économiques et culturels (BOURDIEU et PASSERON, 1964 ; LENOIR, 2002 ; LAHIRE, 2019).
Dans le cadre d'une approche sociologique de la gémellité, cette thèse propose donc de replacer ces croyances innéistes au centre de l'analyse des familles, en interrogeant leurs conditions sociales d’existence (quand, comment et par qui ces croyances sont-elles mobilisées ?) et leurs effets performatifs sur la socialisation familiale des enfants jumeaux. Elle s’attellera d’une part à identifier comment le recours à l’inné sert des stratégies de reproduction familiale et, d’autre part, elle tendra à montrer en quoi les conceptions familiales innéistes de la gémellité participent de logiques de différenciation et d’individuation des enfants jumeaux. Car, à la différence des fratries plus « ordinaires », les fratries gémellaires sont le lieu d’un « toutes choses égales par ailleurs » (DARMON, 2001), au sens où elles se caractérisent par une naissance simultanée et une identité a priori en termes d’âge et de rang de naissance, voire en termes de sexe pour les jumeaux monosexués. Partant, la gémellité offre des cas singuliers de relative synchronicité des parcours enfantins, pour lesquels la différenciation des enfants ne va donc pas de soi et ne peut en outre s'appuyer sur ces repères "biologiques" habituels que sont le sexe ou l'âge. Elle offre pour toutes ces raisons un espace d’observation inédit des logiques familiales de construction sociale des différences enfantines et de la fabrication sociale de l'inné.
En France, les sciences sociales se sont assez peu intéressées aux liens fraternels et à leur fonctionnement (BUISSON, 2003) et a fortiori lorsqu'on parle de relations gémellaires (DARMON, 2001). Entourée de mythes et de croyances, la gémellité, comme objet de recherche et comme phénomène social, est marquée par des approches biologisantes et psychologisantes non sans effets sur la socialisation des enfants jumeaux et le fonctionnement des familles concernées. Au contraire, ces familles constituent un terrain particulièrement heuristique notamment pour saisir le recours à des pratiques et des représentations innéistes, c'est-à-dire renvoyant à un "déjà-là" à la naissance, et comprises comme des moyens d'appréhender et de régler ce phénomène pour les parents et les enfants. Le recours à l’inné ferait partie de ces instruments symboliques de justification des transmissions intergénérationnelles de biens, autant symboliques (culturels, relationnels, affectifs) que matériels (économiques, mobiliers ou immobiliers), et de répartition de ces biens au sein de la famille. Cependant, la sociologie a longtemps et encore aujourd’hui mis à distance ces explications innéistes des stratégies de reproductions familiales, en leur préférant les explications en termes d’héritages économiques et culturels (BOURDIEU et PASSERON, 1964 ; LENOIR, 2002 ; LAHIRE, 2019).
Dans le cadre d'une approche sociologique de la gémellité, cette thèse propose donc de replacer ces croyances innéistes au centre de l'analyse des familles, en interrogeant leurs conditions sociales d’existence (quand, comment et par qui ces croyances sont-elles mobilisées ?) et leurs effets performatifs sur la socialisation familiale des enfants jumeaux. Elle s’attellera d’une part à identifier comment le recours à l’inné sert des stratégies de reproduction familiale et, d’autre part, elle tendra à montrer en quoi les conceptions familiales innéistes de la gémellité participent de logiques de différenciation et d’individuation des enfants jumeaux. Car, à la différence des fratries plus « ordinaires », les fratries gémellaires sont le lieu d’un « toutes choses égales par ailleurs » (DARMON, 2001), au sens où elles se caractérisent par une naissance simultanée et une identité a priori en termes d’âge et de rang de naissance, voire en termes de sexe pour les jumeaux monosexués. Partant, la gémellité offre des cas singuliers de relative synchronicité des parcours enfantins, pour lesquels la différenciation des enfants ne va donc pas de soi et ne peut en outre s'appuyer sur ces repères "biologiques" habituels que sont le sexe ou l'âge. Elle offre pour toutes ces raisons un espace d’observation inédit des logiques familiales de construction sociale des différences enfantines et de la fabrication sociale de l'inné.
Mis à jour le 16 janvier 2026.